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Treize Africains sont morts jeudi lors de leur traversée clandestine vers l’archipel espagnol des Canaries, où affluent chaque année, au péril de leur vie, des milliers de victimes d’un trafic d’être humains organisé à partir des ports d’Afrique de l’Ouest. Les treize hommes ont été retrouvés, au large de l’île de Fuerteventura, morts de froid, dans une barque à la dérive qui transportait au total 43 personnes dont quatre ont dû être hospitalisées en raison de leur grave état d’hypothermie. L’un des survivants a raconté que les immigrants avaient fait le voyage, par des températures glaciales, le corps à demi plongé dans l’eau qui avait envahi tout le fond du bateau. L’embarcation avait quitté lundi en début de soirée la côte africaine, a-t-il ajouté, sans vouloir préciser davantage leur point de départ. La garde civile exclut désormais formellement que ce bateau remorqué jeudi jusqu’au port de Gran Tarajal soit celui qu’elle recherche depuis mardi, avec à bord 37 personnes dont trois enfants en bas âge, selon les renseignements transmis par un passager qui avait donné l’alerte mardi après-midi par téléphone portable. Les recherches pour retrouver ce bateau, à la dérive à la suite d’une panne de moteur, reprendront vendredi. Un autre bateau à la dérive transportant 42 immigrants d’origine subsaharienne avait été retrouvé mercredi près de l’archipel atlantique espagnol, avec à bord deux hommes morts de froid. Un autre était porté disparu après être tombé à l’eau lors du sauvetage du bateau. Dans un premier temps, la garde civile avait également cru que ce bateau était celui qu’elle recherchait depuis mardi. Depuis le début 2004, en comptant les 13 morts retrouvés jeudi, au moins 133 personnes sont mortes ou portées disparues lors de traversées d’embarcations assurant le trafic d’immigrants clandestins entre l’Afrique et l’Espagne, selon une compilation des données officielles espagnoles. L’archipel des Canaries, au large du littoral atlantique du Maroc, est avec le détroit de Gibraltar le principal accès maritime des réseaux d’immigration clandestine vers l’Espagne. Les autorités espagnoles ont récemment développé la surveillance des ports d’Afrique de l’Ouest, où se sont établies des mafias qui affrètent des navires-poubelle pour transporter en masse et à prix d’or des clandestins vers l’archipel des Canaries, à proximité duquel il sont le cas échéant abandonnés à leur sort à bord de petites embarcations de fortune. Les autorités espagnoles avaient confirmé début décembre qu’elles surveillaient un navire ancré en Sierra Leone, soupçonné de vouloir embarquer entre 500 et 1.000 clandestins originaires de différents pays africains. Mi-décembre, le quotidien El Pais avait affirmé que sept bateaux prêts à partir aux Canaries étaient ainsi sous surveillance dans les ports de Freetown (Sierra Leone), Abidjan (Côte d’Ivoire), Accra et Takoradi (Ghana). Selon une étude gouvernementale publiée en août, les mafias de l’immigration, qui opéraient jusqu’à récemment essentiellement à partir des côtes marocaines, commencent à utiliser comme têtes de pont des pays du golfe de Guinée tels que la Sierra Leone, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau ou le Sénégal, en réponse à la surveillance hispano-marocaine accrue du détroit de Gibraltar. Le 15 octobre, le M.V. Polar, un bateau en provenance d’Afrique de l’Ouest transportant 176 clandestins, avait été arraisonné aux Canaries. En août dernier, le préfet des Canaries avait annoncé l’arrestation à Freetown du capitaine et de l’équipage du Hollgan Star, un navire poubelle qui s’apprêtait à transporter moyennant entre 1.500 et 2.500 dollars chacun quelque 500 clandestins africains vers les Canaries.
Agence France-Presse Fuertaventura 23 - 12 - 2004 |