Nous continuerons sans ciller...
TUNeZINE 106





Bonne lecture !
Faim de liberté, soif de justice

Grève de la faim de Hamadi Jbali et Zouhair Yahyaoui


Hamadi Jbali

Monsieur Hamadi Jbali directeur du journal El-Fajr (interdit), condamné à 16 ans de prison ferme en 1992 pour appartenance à une association illégale, a entammé une grève de la faim depuis le 13 janvier 2003 pour demander sa libération après 12 ans de prison dans des conditions inhumaines avec plusieurs centaines d’autre prisonniers politiques.

Hamadi Jbali affirme sa détermination de continuer son action jusqu'à la réalisation de ses revendications. Il exprime sa reconnaissance et ses remerciements à tous ceux qui l'ont soutenu ou exprimer leurs solidarité. Madame Jbali dit que son mari a beaucoup maigri et qu'il donne des signes de fatigue et qu'il se maintient difficilement debout.

Zouhair Yahyaoui

Monsieur Zouhair Yahyaoui créateur d’un site web «TUNeZINE», condamné à 2 ans de prison ferme en juillet 2002 pour de fausses nouvelles, a entammé une grève de la faim depuis le 13 janvier 2003 pour protester contre le manque de soins, ses conditions de détention, et réclamer sa libération.

Zouhair reste depuis le début de sa grève de la faim dans sa cellule et refuse même de la quitter pour la sortie journalière, de même qu'il refuse désormais de se laver ou changer de vêtements. Dans un état de faiblesse manifeste, il avait du mal à articuler et lorsque sa famille l'a enjoint de prendre le couffin afin de le donner aux autres détenus, il a dit qu'il n'avait pas la force de le soulever. Il a aussi déclaré qu'il n'avait pas les mots pour décrire ce qu'il vivait, que l'horreur des conditions dans lesquelles il était incarcéré était au-delà de ce que l'esprit humain pouvait imaginer. Sa famille l'a trouvé extrêmement maigre, à tel point qu'elle en est restée très choquée : “il n'a plus que la peau sur les os”.

Arrêtez l'injustice avant qu'elle n'arrête tout !


Mouvement de solidarité avec les détenus d'opinion

La société civile commence à se mobiliser pour marquer sa solidarité avec les détenus d'opinion en grève de la faim. Après la grève de la faim déclanché par le journaliste directeur du journal interdit EL FAJR Hamadi Jbali et celle du Webmaster du site indépendant TUNeZINE Zouhair Yahyaoui, 12 personnalités nationale et militants de droit de l'homme des différentes associations et ONG indépendants ont décidé d'entamer le 24 janvier 2003 une grève de la faim de solidarité de deux jours pour marquer leur soutien aux revendications des deux journalistes emprisonnés en grève de la faim. La société civile proteste contre la volonté officielle d'opter pour la mort lente des journalistes Hamadi Jbali et Zouhaier Yahyaoui.

  • Abderraouf Ayadi
  • Abderrazak Kilani
  • Abdelhamid Abdallah
  • Boubaker Bethabet
  • Mohammed Najib Hosni
  • Mohammed Ennouri
  • Mondher Cherni
  • Noureddine Bhiri
  • Radhia Nasraoui
  • Saida Akrmi
  • Samir ben amor
  • Samir Dilou

A cette liste plusieurs autres personnalités se sont alliés a ce mouvement de protestation dans plusieurs régions de la Tunisie dont :

  • Anwar Kousri (Bizerte)
  • Othman Jmili (Bizerte)
  • Tarek Essousi (Bizerte)
  • Mohammed Bouthalja (Grombalia)
  • Ousama Bouthalja (Grombalia)
  • Ahmed Smiai (Kairouan)
  • Mohammed Ali Bedoui (Kebili)
  • Rachid Ennajar (Tunis)
  • Sonia Ben Amor (Tunis)
  • Lasad Jouhri (Tunis)
  • Ayachi Hammami (Tunis) à partir du 25 janvier

La famille de Hammadi Jbali a décidé d'entamer aussi sa grève de la faim de solidarité aujourd'hui.

D'autres personnalités de l'opposition, dans différents pays, ont entammé à leur tour la grève de la faim de solidarité. Les grévistes :

France :
  • Moncef Marzouki : Président du Congrès Pour la République (CPR)
  • Fathi Ennaes : Secrétaire Générale de solidarité Tunisienne
  • Mohamed Ben Salem : Membre du bureau politique du Mouvement Ennahdha
  • Abdelkader Ounissi ; membre du Majliss Choura du Mouvement Ennahdha
  • Mohamed Trabelsi : Réfugié et ex-prisonnier politique
  • Fethi Farkh : réfugié politique
  • Ameur Larayed : Président du bureau politique du Mouvement Ennahdha
Grande Bretagne :
  • Cheikh Rached Ghannouchi : Président du Mouvement Ennahdha
  • Lotfi Zitoun : membre du Majliss Choura du Mouvement Ennahdha
  • Rafik Abdessalem : Journaliste et chercheur universitaire
  • Jalel Ouerghui : Journaliste Quods Press
  • Said Ferjani : Président de FIFANEC
  • Ahmed Gaaloul : journaliste à Aqlam online
Belgique :
  • Walid Bennani : Président du Majliss Choura du Mouvement Ennahdha
Italie :
  • Mahjoub Chebab : Réfugié et ex-prisonnier politique
Suisse :
  • Ali Bessassi : membre du Majliss Choura du Mouvement Ennahdha
  • Lazhar Mokdad : membre du Majliss Choura du Mouvement Ennahdha

TUNeZINE

26 janvier 2003
Se nourrir d'espoir !

La faim d'un peuple


C’est insensé, c’est fou, c’est délirant ce qui est en train de se passer en Tunisie. L’événement s’apparente plus à un cauchemar qu’à un quelconque mouvement de protestation. Tous les envoyés spéciaux qui se sont déplacés pour assister à l’événement ne croyaient pas leurs yeux au début. Certains journalistes pensaient qu’ils s’étaient trompés d’avion et qu’ils se trouvaient en Somalie ou en Angola. Comment un peuple en chair en en os s’est-il transformé, en l’espace de deux semaines, en un peuple de fantômes? D’où sortent ces squelettes qui hantent ce pays, appelé jadis « le grenier de Rome » ? La famine a-t-elle frappé cette population africaine de dix millions d’habitants qui, selon la propagande officielle, « mange à sa faim » ? Les gardiens du zoo « ouled-ahmadien » ne don nent-t-il plus à manger à leurs bêtes ?

Ce qui s’est passé est bien plus grave et, de loin, plus inquiétant qu’une famine. Jusqu’à ce jour béni du Seigneur où j’écris ces maigres lignes, personne ne sait qui a lancé le premier le mot d’ordre assassin. Du jour au lendemain, tout un peuple, excepté ses bébés et ses enfants, a cessé de se nourrir. C’est un ramadan à durée indéterminée, sans rupture de jeûne ni « souhour ». D’énormes stocks de viande, poissons, volailles, produits laitiers, légumes et fruits pourrissent sur les étalages des marchés et des magasins, faute d’acheteurs. Les restaurants sont vides, les bars, les cafés et les salons de thé sont déserts. Les vendeurs ambulants de casse-croûtes et de boissons ont carrément disparu.

Le visiteur qui débarque de l’étranger a l’impression de vivre au milieu d’un film tourné au ralenti : Des corps décharnés qui se déplacent à vitesse d’escargot, des voitures, bus et des métros qui roulent à 5km /h. Seules les ambulances atteignent parfois la vitesse vertigineuse de... 10km/h ! Pourtant l’économie du pays marche ou fait semblant de marcher. Les citoyens continuent à travailler et à vaquer à leurs occupations quotidiennes. Mais avec chaque jour qui passe, le rythme de la vie ralentit. La vitesse de déplacement des gens diminue. La lenteur de leurs mouvements vous donne le vertige. Rien qu’à les voir, on est envahi par une irrésistible envie de s’assoupir. Vous sentez vos membres s’engourdir et vous entrez dans leur monde d’apathie, de léthargie, d’atonie et de totale abolie... Certains ont même commencé à avoir des visions. Des visions de troisième type, qui ne sont ni des cauchemars ni des rêves. Des visions que l’on ne peut ni cerner ni décrire. Je ne peux prétendre avoir partagé leurs visions, c’était plutôt mes propres visions de leurs visions. Car ces jeûneurs ont choisi le silence.

Pour préserver leurs précieuses réserves d’énergie, les gens ont cessé de parler. Un silence inquiétant, oppressant, angoissant règne sur ce pays à sang chaud dont l’animation était légendaire. Seule la voix de la propagande résonne encore dans ce royaume de silence, quoique rouillée et affaiblie par la « défection » de certains journalistes jeûneurs. Depuis qu’une présentatrice du télé-journal s’est évanouie devant des millions de téléspectateurs, la RTT a interdit les émissions en direct. D’ailleurs, les techniciens ont augmenté la puissance de transmission des programmes radio, car la voix des journalistes est devenue à peine audible. La seule voix tonitruante qu’on entend à la radio est celle du docteur Hakim, le bedonnant diététicien de l’Institut de la Nutrition, qui invite les gens, du matin au soir, à « manger sain ». D es spots de pub « casseurs de grève » bombardent jour et nuit les postes télé et les écrans de cinéma. Des téléspectateurs hâves et faméliques voient défiler devant leurs yeux fatigués des images alléchantes de délicieux yaourts, onctueux chocolats, appétissants gâteaux, croustillantes gaufrettes, savoureuses pizzas, bref toutes sortes de délices qui aiguisent l’appétit et chatouillent le palais.

Peine perdue. Aussi bien les plaisirs de la bonne chère que les douleurs de la faim ne sont plus qu’un vague souvenir pour ces millions de gens qui se sont engouffrés dans ce tunnel sans fin, appelé grève de la faim. Au milieu du tunnel, et avant de plonger dans le silence, une avocate a déclaré : « J’irai jusqu’à la fin ». Un peintre, artiste du jeûne, dessina, avant de jeter son pinceau et lever l’ancre pour ce grand voyage de la faim, un tableau intitulé « L’infini ». L’on n’y voit ni formes distinctes ni paysages, juste des lignes entrelacées qui pointent vers un horizon qui s’ouvre sur d’autres horizons jusqu’à... l’infini.

Un graffiti dessiné par une main anonyme exténuée hante les murs de Tunis : QUE LA FLAMME DU COMBAT RESTE ALLUMEE ! Mais le pays mincit, maigrit, se consume comme une bougie. Une bougie dévorée par sa flamme. Une flamme qui combat jusqu’à la fin. Une fin annoncée par les dernières lueurs. Les lueurs de l’espoir. L’espoir d’une délivrance. Délivrance du désespoir. Un désespoir qui rallume la flamme du combat. Le combat d’une bougie. Une bougie dévorée par sa flamme. Une flamme qui combat jusqu’à la fin. Une fin annoncée par les dernières lueurs. Les lueurs de l’espoir...

Omar Khayyâm

26 janvier 2003
Soyons pressés d'échanger !

TUNISNEWS et TUNeZINE :
pivot d’information et de formation


Tout d’abord et pour faciliter notre tâche de rédaction, nous allons baptiser dans cet éditorial, TUNISNEWS comme l’Agence Tunisienne de Presse (ATP) et le forum TUNeZINE comme l’Université Populaire du Peuple Tunisien (UPT).

L’ATP est cent fois mieux et plus utile pour le peuple tunisien que la TAP, Tunis Afrique Press. L’ATP ou Tunisnews est le symbole de la liberté de la presse et de l’information, d’une façon générale, dans une Tunisie libre. Notre vraie agence nationale de presse l’ATP court toujours derrière la collecte de l’information pour la faire parvenir, directement et sans aucune censure, au peuple, et l’éclairer avec. L’ATP ne connaît pas la censure et ne la reconnaît pas. Pour elle, l’information concernant la Tunisie et son peuple, n’a pas de couleur politique, ni idéologique. Du moment qu’une information vient d’une origine tunisienne, quelque soit la nature de cette origine, ou qu’elle soit intéressante pour les Tunisiens, elle doit être retenue et publiée pour le public. L’ATP n’appartient à aucun parti politique dans le pays. Si appartenance existe pour elle, alors elle appartient à toute la Tunisie et à tout son peuple. Aucun tunisien, de gauche comme de droite, du coté de l’opposition, comme du coté du pouvoir n’a aucun risque d’être censuré par l’ATP. TUNISNEWS ou l’ATP, a bien réussi sa neutralité vis à vis de toutes les formations politiques dans le pays. Elle les incarne toutes, sans appartenir à aucune.

presse dangerLa TAP, comme le reste de la presse officielle et tous les moyens d’information dans le pays, travaille dans un sens unique, dans l’intérêt du régime en place et non pas, du tout, dans l’intérêt de la patrie. La presse officielle ne reconnaît pas l’opposition, ni l’autre discours, ni la critique au régime et au discours officiel. Que reste-t-il de la presse si on lui enlève l’esprit critique ? Et peut-elle avoir de la vie, du dynamisme si elle ne garde plus de l’esprit critique ? La presse officielle n’appartient pas au peule et ne s’intéresse pas du tout à ses problème. Elle est la presse du régime et ne travaille que pour lui.

Le peu de presse qui appartient à l’opposition, est une presse totalement partisane, elle aussi. Elle est là, seulement pour défendre les intérêts des partis auxquels elle appartient, et pour leur faire de la publicité. Aucune critique adressée à ses partis ne peut passer par son biais. La presse partisane, si elle peut se permettre de critiquer l’autre, même si cet autre appartient à l’opposition, elle n’ose pas critiquer ses partis, et elle ne laisse jamais passer sur ses colonnes des critiques adressées à eux. Ceci rend extrêmement difficile l’évolution de ces formations politique. En effet, en dehors de l’autocritique et de l’esprit critique, aucune évolution positive n’est possible. Ceux qui censurent la critique, ne censure en fait que les possibilités de créativité, de progrès et de l’évolution, qui sont toujours les fruits du doute, des critiques et de la mise en question. Censurer l’esprit critique, c’est choisir l’immobilisme.

Comment les responsables de l’ATP ont-il pu résister au pouvoir de la subjectivité, comment ont-il pu respecter la neutralité vis à vis de toutes les formations politiques et se sont-ils comportés en toute neutralité et responsabilité ? Je ne pense pas que cela s’explique autrement que par l’honnêteté intellectuelle, et par l’amour extrême pour leur pays et leur peuple, plus que par tout autre chose. C’est ce genre d’hommes qui méritent bien d’être les responsables de la presse et de l’information dans une Tunisie libre et démocratique.

Baptisons alors ensemble, dès maintenant, TUNISNEWS en ATP ou Agence Tunisienne de Presse. TUNISNEWS d’aujourd’hui mérite bien d’être un jour l’agence tunisienne de presse, l’ATP.

Notre fameux forum TUNeZINE, quant à lui, il joue bien à la perfection, son rôle d’université populaire du peuple tunisien (UPPT). Il est bien l’équivalent, des célèbres instituts des pieds nus en Inde. C’est une université à portes ouvertes devant tous, au vrai sens du terme. Elle ouvre ses portes même devant les indésirables, parmi les agents du régime. C’est bien l’université où tout le peuple est capable d’éduquer sa sagesse populaire, son savoir, sa culture, et son savoir-faire à tout le peuple.

Cette université populaire n’a besoin ni de programmes préparés à l’avance, ni des professeurs, donnant leurs cours magistraux, souvent incompréhensibles, pour ne pas dire presque inutiles, et payés par l’Etat. Cette université populaire n’a pas besoin de locaux coûtant la pupille des yeux, ni des budgets gonflant la dette extérieure du pays. Nos universités bouffent énormément des moyens insupportables par le budget de l’Etat, sans vraiment être, en contre partie, très utiles, aux niveaux des résultats, pour la société. Elles débitent pour les étudiants, pendant des longues années de leur vie, énormément de connaissances, en grande partie, inutiles pour eux, pour leur travail, par la suite. Nos universités bourrent les têtes de connaissances, mais n’éduquent pas et ne forment que médiocrement. La méthode de l’éducation verticale, copiée à l’occident et adoptée chez nous, un professeur qui parle et des étudiants qui entendent et prennent notes, a fait preuve de son échec depuis longtemps. L’enseignement par la méthode des cercles de débat est la notre. Elle fait partie de notre très riche héritage culturel. C’est une méthode qui a fait preuve de sa très grande réussite depuis la nuit des temps. Dans le cadre de la méthode verticale, l’Etat gaspille trop de moyens pour juste garder les jeunes quelques années de plus, loin des rangs des chômeurs. La relation coût efficacité est très faible, sinon nulle. Nous suivons ce système éducatif très onéreux et complètement inefficace, seulement par imitation des pays riches. Une grande réforme sur le fond, la forme, les techniques et les moyens, des programmes et des méthodes d’éducation et de formation est extrêmement urgente pour notre système éducatif.

Notons que les instituts des pieds nus en Inde forment les techniciens, les ingénieurs, les médecins et autres, en un temps record et aux moindres coûts. Par le biais de ces instituts l’Inde a résolu pas mal de problèmes. Le niveau de la santé des Indiens s’est nettement amélioré grâce aux médecins formés par ces instituts. Des régions tout entières souffrent d’insuffisance d’électricité, ont trouvé leur autosuffisance grâce à la production d’énergie solaire réalisée par les ingénieurs formés par ces instituts de pieds nus. Trop d’autres problèmes agricoles, industriels et de bâtiment et travaux publics, ont été résolus par ces ingénieurs et techniciens. Même les peuples les plus démunis peuvent résoudre les plus épineux de leurs problèmes, lorsqu’ils réfléchissent comme il faut et comptent sur leurs propres moyens et leurs propres façons de faire.

Le forum TUNeZINE est un exemple d’école en la matière. Comme il a bien réussi sur Internet, une version concrète sur le terrain reste plus que réalisable. Cette université populaire du peuple tunisien dérange trop le régime dictatorial du Général. Elle dérange, parce qu’elle est en train de développer l’esprit critique collectif, et de former un noyau dur d’une opposition redoutable contre le régime. Ce dernier a gaspillé des moyens énormes, 130.000 agents de police pour contrôler sévèrement toute la société et empêcher les citoyens de tisser entre eux des relations, de se rencontrer et de discuter entre eux de tous les problèmes de la cité. Ce qu’a interdit le dictateur en dépensant des moyens énormes, le forum de Zouhaïr Yahyaoui l’a remplacé par un coût quasiment nul. La plus grande partie de ces 130.000 policiers n’est plus utile pour le dictateur. En bonne partie, l’opposition au régime se prépare et se forme sur ce forum et sur Internet d’une façon générale.

Si le forum TUNeZINE joue aujourd’hui au niveau de l’opposition au régime un rôle de premier ordre, demain, après le changement, son rôle, au niveau de tout le pays, va être nettement plus important. C’est par la multiplication de ce genre de forum qu’on va pouvoir aider à développer l’esprit critique dans la société, et à sa démocratisation.

En attendant, baptisons ensemble le forum TUNeZINE Université Populaire du Peuple Tunisien (UPPT).

Salah Karker
Le Résistant n°14
http://www.elmounaadil.ifrance.com/elmounaadil/


25 janvier 2003
Promotion des Droits de l'Homme

Le bonheur d'être Tunisien (1)


Quelques jours seulement après l’étourdissante et écrasante victoire du OUI à la fin du carnaval électoral du 26 mai 2002, les Tunisiens ont été éclaboussés par une vague libertaire qui déferlait sur tout le pays. C’est surtout dans le domaine des droits humains que le changement est frappant. Les exemples de ce grand bond en avant ne manquent pas.

poulet roti - la torture en tunisieLe soir du 4 juin 2002, le webmaster de TUNeZINE Zouhair Yahyaoui alias ettounsi est arrêté par la police politique et conduit au siège de la DST. Les braves fonctionnaires qui veillent à la sécurité de notre Etat jour et nuit (surtout la nuit), imprégnés par l’esprit du 26 mai, posent poliment et avec une extrême gentillesse la question suivante à leur hôte : «Quel genre de torture préférez-vous ? Poulet rôti ? Bain ? Falqa ? (2)». C’est une véritable révolution ! Ettounsi l’a senti dans sa peau, cette onde libertaire électrisante. A cette date l’amendement de la Constitution n’est pas encore entré en vigueur, mais les policiers, plus impatients que la LTDH, ont hâte de nous faire entrer d’un seul coup dans la république de demain. Rappelons aux « éternels mécontents » qu’avant le 26 mai 2002, les SS commençaient à cogner avant même de procéder à l’interrogatoire et choisissaient eux-même la méthode de torture. Cette torture à la carte, unique dans le monde, est une fierté nationale. J’invite les officiers des SS frères libyens, syriens et irakiens, ceux qui vivent encore dans les ténèbres de la République d’hier à effectuer des stages chez nous. Des stages qui auraient pour thème «pour une torture plus humaine».

Pendant sa longue grève de la faim pendant l’été 2002, Radhia Nasraoui a accroché une banderole annonçant et expliquant les motifs de son mouvement de protestation. La police politique, fermement attachée à la légalité et au principe de l’inviolabilité du domicile, a pris la peine de louer à ses propres frais une échelle mobile de la municipalité de Tunis. Un policier politique, poussé par les vents de la liberté du 26 mai, a enlevé, avec la délicatesse et l’habileté d’un chirurgien des nerfs, la dangereuse littérature révolutionnaire exposée au balcon. Si tous les policiers du monde étaient aussi civilisés que les nôtres !

Le 13 décembre 2002, des policiers en civil «corrigent» Lassaad Jouhri en plein jour, dans un climat de transparence totale. Dès que leur mission est accomplie, des agents de la Protection Civile transportent le «corrigé» à l’hôpital. Y-a-il un exemple plus émouvant de la coordination à caractère humanitaire entre les différents services du Ministère de l’Intérieur ? Peut-on encore parler du «régime policier aveugle» ?. Les traces indélébiles du 26 mai sont là. C’est un véritable coup de fouet au développement démocratique et humanitaire du pays.

Si ces deux exemples ne vous ont pas encore convaincus, alors en voici un autre. Lorsque, il y a quelques mois, les policiers politiques ont arrêté et interrogé pendant quelques heures le peintre Sadri Khiari, gréviste de la faim, ils lui ont dit dès le début de l’entretien amical :  «Vous êtes un intellectuel, on ne va pas vous frapper». Avant le grand chambardement constitutionnel du 26 mai la police frappait à l’aveuglette et ne faisait aucune distinction entre intello, semi-intello et zéro-intello. C’est déjà un indéniable acquis et un grand pas en avant. Je voudrais que mes concitoyens zéro-intello soient compréhensifs et surtout patients. Leur tour viendra un jour, peut-être avec l’avènement de la république d’après-demain. Certains brillants théoriciens, comme le sage Philippe Seguin, disent que la démocratie à forte dose peut tuer le malade. Cette amère théorie, nos flics l’ont avalée d’un seul trait. Ils ont commencé à diminuer les gifles, les coups et les bastonnades à petites doses. Cesser les coups d’un seul coup pourrait être fatal pour la santé physique et mentale de notre peuple. Certains diront que les citoyens de faible constitution risquent de succomber au moindre coup. Certes, c’est regrettable mais le progrès a un coût. On ne fait pas d’omelette sans casser des os !

-------

1 - Tous les droits du titre sont réservés à Jean Ziegler !
Le Bonheur d'être Suisse Jean Ziegler Seuil ; 1994 ; Points Actuels
2 – Falqa : méthode de torture tunisienne consistant à attacher les pieds du supplicié et lui donner des bastonnades sur la plante des pieds.

Omar Khayyâm

22 janvier 2003
Rencontre au sommet

NDLR : Cette interview est, nous l'espérons, la première d'une longue série qui sera réalisée par Omar Khayyâm et publiée dans les prochains numéros de TUNeZINE.


Interview de Moncef Marzouki


Omar Khayyâm: Monsieur Marzouki, Ne pensez-vous pas que l'exil extérieur est plus supportable que l'exil intérieur que vous viviez en Tunisie?
Moncef Marzouki: J'ai répondu à un ami qui me posait la même question par une boutade: au pays j'avais la Tunisie mais pas la liberté. En exil , j'ai la liberté mais pas la Tunisie. Je réclame le droit d'avoir les deux en même temps. Pourquoi ce serait trop demander ?

O.K.: Un commentaire à chaud de la proposition américaine d'une amnistie à l'amiable pour Saddam?
M.M.: Ce serait bien s'ils faisaient la même proposition à Charon.

O.K.: Revenons à notre Tunisie. Rien ne bouge sauf les policiers politiques. 2003, encore une année perdue pour le pays?
M.M.: J'ai l'impression que c'est le calme d'avant la tempête. Tout le monde semble suspendu à la guerre en Irak- plus exactement à sa nouvelle phase. Ceci étant, je ne calcule pas en terme d'années, mais en terme de processus. La déliquescence de l'Etat policier est très avancée. Sa chute ne fait pas l'ombre d'un doute. Rappelez-vous la fameuse boutade: dans une dictature tout va bien jusqu'au dernier quart d'heure.

O.K.: L'après Ben Ali sera difficile à gérer, n'avez-vous vous pas peur d'être un jour le gérant d'un pays en ruines?
M.M.: J'ai toujours attiré l'attention des Tunisiens sur le fait que nous hériterons d'un pays en ruines. C'est d'ailleurs une règle générale. Regardez l'après Ceausescu. Les mensonges sur l'état de l'économie apparaîtront et on verra le délabrement des systèmes judiciaires, bancaires de la santé ou de l'enseignement. C'est pour cela qu'il faut que les Tunisiens, tous y compris au sein du système assument leur responsabilité face au délabrement imposé par une poignée d'individus sans scrupules à tout un pays, et qu'il faut réfléchir ensemble sur les politiques de redressement national pour que la Tunisie redémarre sur des chapeaux de roue et rattrape les quinze années de gâchis de l'accident Ben Ali.

O.K.: Que diriez-vous à Philippe Seguin, qui donnera des conférences au cours de ce mois-ci à Tunis, si par malchance vos chemins se croisent?
M.M.: Quel dommage que vous confondez l'amitié pour la Tunisie avec ce qu'elle a enfanté de pire.

O.K.: Certains Européens honnêtes et intègres disent: "D’accord, on va exercer des pressions sur le régime tunisien, mais ce n'est pas à nous de faire la révolution démocratique à votre place". La vraie question est donc: comment bouger et faire bouger dans un régime totalitaire qui contrôle tout?
M.M.: On sous-estime toujours le combat des Tunisiens contre la dictature. Des dizaines de milliers de gens ont été soumis à la torture, ont transité par les prisons sordides du régime au plus fort de la répression, dans un pays bâillonné, des hommes et des femmes ont entretenu la flamme de la résistance. C'est le black-out sur l'information qui a rendu opaque cette résistance. Regardez ce qui s'est passé sous d'autres dictatures. Les luttes ont été d'abord le fait d'une poignée de résistants en attendant l'écroulement de l'intérieur, car le pire ennemi du dictateur c'est lui-même et puis son entourage. Nous sommes dans cette dynamique. Mais les gens se découragent trop vite car ils ne connaissent pas l'histoire et la dynamique de tels régimes. Tout le problème est de ne pas pactiser.

O.K.: Dans l'une de vos interviews, vous avez proposé une "sortie honorable" à Ben Ali. Ne pensez-vous pas que c'est intolérable pour les familles des prisonniers morts sous la torture ou suite aux mauvaises conditions carcérales?
M.M.: Oui c'est intolérable et injuste, mais je persiste et signe. Car dans mon échelle des valeurs la vie vient avant la justice. Imaginez le nombre de morts qu'un dictateur affolé et coincé peut faire avant de laisser place nette. C'est à ces gens là et à une transition pacifique que je pense. La justice peut ne pas être la vengeance. Les victimes seront indemnisées, les tortionnaires devront faire amende honorable. Toute la vérité devra être connue sur les atrocités. Tout cela a déjà été fait en Afrique du sud où je me suis rendu en 2001 pour étudier de près l'expérience sud-africaine des commissions justice et vérité. C'est fascinant et ça marche. La Tunisie, pays modéré s'il en est, doit prendre exemple et réussir elle aussi sa transition démocratique avec détermination et sans haine.

O.K.: Il y a maintenant en Tunisie au moins deux partis autorisés "non-collaborateurs", le PDP de M.Chebbi et le Forum de M. Ben Jaâfar. Qu'est-ce qui empêche ces deux partis de faire du porte-à-porte pour inciter la gens à sortir de leur léthargie? N'avez-vous pas évoqué cette possibilité d'action avec eux?
M.M.: L'unité de l'opposition démocratique est un impératif absolu. Le Congrès pour la République a beaucoup oeuvré dès sa naissance à la formation de la coordination démocratique. Il appelle aujourd'hui à son élargissement à un front contre la dictature. La question est de définir un objectif politique commun. Il ne fait pas de doute pour moi que l'on ne peut se rassembler efficacement que sur l'objectif de la fin de la dictature, donc du départ du dictateur avec tout ce que cela implique comme risques et défis. Ou on relèvera ce défi qu"exige le délabrement et du pays et de la dictature ou on se condamne à une agitation stérile.

O.K.: Que pensez-vous de la proposition d'une marche pacifique contre la dictature à Tunis le 20 mars 2003 ? On pourrait, éventuellement, inviter les médias étrangers pour éviter le massacre.
M.M.: Oui, c'est une initiative intéressante. La classe politique qui s'est confortablement installé dans la  « pétitionnite » doit retrouver le chemin de la rue. Quand Sihem Ben Sedrine était en prison l'été 2001, j'avais appelé sur ''Al Mustaquillah'' à un rassemblement devant la prison. Heureusement que la police politique à fait réussir la manifestation, tellement on était peu nombreux. Il est temps de revenir aux vraies formes du combat politique pacifique mais déterminé. Il faut que les Tunisiens retrouvent la fierté du combat, du défi, de l'affirmation de soi ,de la grève et pourquoi pas de la grève générale un jour , des concerts de casserole , du lavage en public du drapeau souillé par la corruption etc.

O.K.: Il y a eu l'année dernière deux "accidents mystérieux": l'assassinat de M.Ali Saïdi et la chute d'un hélicoptère transportant l'état-major de l'armée tunisienne. Des bruits courent à Tunis qu'un nouveau 7 novembre est fort probable, un changement à la tête de l'Etat sans changement réel. Croyez-vous qu'un scénario à la 7 novembre est encore possible?
M.M.: Oui c'est même le plus probable et le plus dangereux, car il y aura toujours les éternels arrivistes , gogos et autres niais pour saluer la nouvelle ère. Les Tunisiens doivent se souvenir que c'est le chèque en blanc donné à Ben Ali, la bonne foi érigée en dogme qui nous a amené au caniveau ou nous sommes. Les Tunisiens ne doivent plus négocier avec qui que ce soit leur souveraineté, leurs libertés, le droit de récupérer l'argent volé , et la fondation d'un Etat légitime , qui ne peut plus être fondé que par des élections réelles dans le cadre d'une constitution nouvelle , celle de Ben Ali ne valant pas le papier sur laquelle elle est écrite.

O.K.: Passons à autre chose, avec votre permission, bien sûr. Vu vos intenses activités politiques, trouvez-vous encore du temps pour la médecine, les livres, le cinéma, le théâtre etc. ?
M.M.: A Paris , je suis très pris par mes cours à la faculté ainsi que mes activités politiques. Mais je me réserve toujours un temps pour l'écriture. Elle a été toujours pour moi la forme suprême de résistance à la dictature. Regardez l'effort que met le dictateur pour tromper les gens, les désinformer, mobiliser des plumitifs pour diffuser une culture de la veulerie, de la vulgarité et de la soumission. Ecrire c'est s'opposer à ce désordre qu'on veut mettre dans la pensée, à l'aliénation en tant qu'arme politique suprême. Cela fait évidemment des journées très longues, mais cela fait tant d'années que je me considère comme un soldat au front au service de son pays, que l'effort permanent est devenu chez moi une seconde nature.

O.K.: Si ce n'est pas indiscret, quelle genre de livres - à part ceux de la médecine- lisez-vous en ce moment?
M.M.: Je lis un livre intitulé dangereuse Amérique, par Noel Mamère et Patrick Fabriaz que les auteurs m'ont gentiment envoyé. Je lis aussi un livre époustouflant intitulé « Deux heures de lucidité avec Noam Chomsky » aux éditions les arènes. Je le conseille très fortement à ceux qui veulent comprendre les arcanes de la politique américaine. Mais j'ai aussi sur ma table une pile d'autres livres qui attendent leur tour : ''le cerveau intime'' de marc Jeannerod, ''Fous comme des sages'' de Pierre-Pol Droit et la saga de Bernard Werber sur les ...fourmis. Les livres de chevet qui s'accumulent au pied du lit sont des livres de poésie. Actuellement Essayab, un recueil étonnant que m'a envoyé une poétesse irakienne inconnue Balkis Hassen que j'ai trouvé extrêmement émouvant.

O.K.: Je vous ai connu tout d'abord comme écrivain. J'ai lu votre livre "le médecin et la mort" en arabe, il y a des années. Je reste fasciné par le métier de médecin ; il lutte contre une chose inévitable: la mort.
M.M.: En fait, je dirai qu'il lutte plutôt contre le mal mourir et le mal vivre. La mort on ne peut pas lutter contre et ce que je montre dans mon livre c'est qu'on ne doit pas la tenir pour le mal absolu contre lequel on doit combattre. Nous devons simplement apprendre à bien vivre et bien mourir. Bien sûr bien vivre ne signifie pas se goinfrer comme des cochons, jouir du matin au soir , mais donner un sens et une utilité à sa vie, savoir apprécier la beauté et le mystère du monde. Bien mourir signifie protéger sa santé afin de s'éteindre comme une bougie qui a fini sa matière et non pas comme une ruine qui s'effondre. Le mal contre lequel le médecin doit combattre n'est pas la mort , mais la maladie.

O.K.: Peut-être avez-vous un livre écrit par un médecin intitulé " Ces malades qui nous gouvernent". Il parle, entre autre, de Bourguiba. Vous, aussi, vous avez évoqué dans l’un de vos écrits le cas de Bourguiba. Le tenez-vous pour responsable jusqu'à son éviction 1987 ? N'avait-il pas déjà perdu ses facultés mentales depuis des années?
M.M.: J'ai vu Bourguiba la première fois en 1982 alors qu'il me remettait le prix de médecine qui portait son nom . Il était franchement '' inquiétant''. Je l'ai revu en 1984 alors que je faisais partie d'une délégation de professionnels et de handicapés pour le sensibiliser à la situation des handicapés. On parlait à un dément. C'était terrible de penser que la Tunisie dépendait d'un tel homme. C'est de cette démence qu'est sorti Ben Ali. Aujourd'hui certains font semblant de regretter le « Combattant Suprême », oubliant que c'est lui avec son parti ''inique'', sa présidence à vie, son culte de la personnalité, qui nous a livrés aux mafias.

O.K.: Chez nous, on parle beaucoup de la présidence et du leadership. Par exemple : qui sera président de la Tunisie en 2004 etc. N'est-il pas préférable pour des pays malades de "zaâma" (leadership), comme le notre, de décentraliser l'Etat et de réduire au minimum les pouvoirs du Président, habituer les citoyens à prendre leurs affaires en main, créer des institutions fortes qui contrebalancent le pouvoirs exorbitant de l’exécutif?
M.M.: La question est d'abord de savoir si ce président est légitime ou non . Seul le vote populaire sur des choix clairs et des procédures démocratiques réelles peut fonder cette légitimité. Secundo, le pouvoir de ce président doit s'inscrire dans le cadre d'une constitution qui assure la séparation des pouvoirs. Le président ne doit avoir aucun pouvoir judiciaire ou législatif. Seul un pouvoir exécutif surveillé par une justice indépendante, une presse libre et un parlement souverain des lois , doit lui être dévolu. Enfin une règle intangible : un mandat renouvelable une seule fois. Le problème a été résolu ailleurs, pourquoi ne le serait-il pas chez nous? Maintenant que des gens aient des ambitions, cela me paraît sain et normal. Vouloir le contraire c'est faire dans l'hypocrisie.

O.K.: Monsieur Marzouki, je vous remercie au nom des lecteurs et de la rédaction de TUNeZINE. Je vous laisse le dernier mot aux lecteurs de TUNeZINE.
M.M.: J'aime TUNeZINE. Je pense souvent à Zouhaïr qui l'a créé. Vous, aussi, ne l'oubliez pas et sachez que vous aurez un jour à aller à sa rencontre.

Omar Khayyâm

20 janvier 2003
Un appel salutaire ?

Pour un front de salut national


Jusqu'à quand allons nous tourner en rond ?

Quand l'arbitraire s'agrippe à nous comme une bête sauvage affamée tient à sa proie plus il se voit menacé plus il double d'acharnement et de férocité.

C'est avec ce système que les modérés veulent négocier, que les lâches cherchent à éviter de confronter et que les hypocrites lui signifient leur soutien avec arrogance et sans retenu.

L'histoire de la Tunisie gardera gravé dans sa mémoire les noms de ses traîtres, ces hommes sans dignité et de tous ceux qui se sont tuent tout en sachant tout sur ce qui se passait.

La Tunisie connaît aujourd'hui une sombre période de son histoire. Tout son destin est hypothéqué par un complot visant à mettre définitivement la main sur toutes ses institutions.

silence is complicity


Sans parlement, sans gouvernement, sans justice dignes de ce nom. C'est un pays sans constitution ni loi en dehors de la volonté de ses tyrans.

Aucun journal digne de ce nom n'existe plus en Tunisie aujourd'hui ni aucun journaliste libre de sa rédaction. Quelle liberté d'expression peut-on espérer aux simples citoyens dans ces conditions ?

Tous les partis sont cloîtrés dans des positions de soumission quand ils ne sont pas interdits ou non reconnues ou gérés par des imposteurs comme les syndicats et toutes les organisations nationales pour assurer leur détournement de leur mission. Les associations sont interdites de toute action, harcelés et persécutés. Aujourd'hui le dernier rempart d'autonomie - le barreau des avocats de Tunisie - fait l'objet du dernier assaut et risque de sombrer.

Jusqu'à quand peut durer la résistance de quelques hommes libres sous la persécution et les ignominieuses exactions éparpillés dans un méandre de partis, syndicats et associations handicapés et qui ne font plus qu'entraver leurs actions.

L'intérêt de notre pays, l'Histoire nous défie pour tout dépasser et se constituer en un front de salut national pour sauver la Tunisie.

Yahyaoui Mokhtar

Tunis, posté sur le forum TUNeZINE le 16 janvier 2003
Envoyons-le dans un asile de benaliénés !

Départ de Ben Ali en exil en 2004


Le départ en exil du dictateur, de sa famille et de ses proches aura-t-il lieu en 2004 ?

Faire l’économie d’une guerre tout en évitant le scénario à haut risque Rien d’étonnant dès lors à ce que réapparaissent, comme il y a un peu plus de quinze ans lors de la prise du pouvoir par le président Ben Ali, une panoplie de solutions intermédiaires relèvent de la pensée magique, et qui, toutes, présentent l’avantage de parvenir au but recherché sans avoir à en payer le prix humain et financier.

1. Le départ en exil du dictateur, de sa famille et de ses proches

En 1990 , de folles rumeurs, pourtant prises au sérieux à l’époque, citaient l’Argentine, et le Vénézuela comme possibles lieux de refuge pour le clan Ben Ali. L’hypothèse d’un Ben Ali entouré de gardes du corps, finissant sa vie dans une datcha de Pologne arrangerait, il est vrai, beaucoup de monde.

L’idéal serait que cet objectif soit atteint avant le déclenchement d’une éventuelle révolution populaire, mais il pourrait également l’être après, quand il apparaîtrait à Ben Ali qu’il n’a décidément plus d’autre choix – à l’instar d’un Mobutu fuyant au Maroc, d’un Idi Amin Dada réfugié en Arabie saoudite ou d’un Mengistu Haïlé Mariam exilé au Zimbabwe. Ceux qui veulent croire à cette hypothèse mettent en avant le fait que Ben Ali est avant tout un calculateur, un « survivant », et que, même s’il ne fuit pas à l’étranger, il préférera se rendre, comme le caudillo panaméen Noriega, plutôt que de mourir. Mais la majorité de ceux qui le connaissent jugent ce scénario fort peu crédible.

Le psychothérapeute américain Jerrold Post, qui étudie depuis des années le «cas» Ben Ali, estime ainsi que son «narcissisme pathologique» lui interdit d’accepter «tout règlement négocié qui inclurait son départ en exil ou son retrait du pouvoir». Plus on évoque sa fin, plus il se persuade qu’il n’a pas d’autre issue que de résister jusqu’au bout. Auteur d’une biographie qui fait autorité (The Politics of Revenge), le journaliste palestinien Saïd Aburish est tout aussi formel : même s’il se surestime en permanence, Ben Ali ne panique jamais et n’a, par conséquent, jamais songé à fuir.

Né le 3 septembre1936 , à Hammam Sousse région côtière de Tunisie, de 65 ans aura, en 2004, 17 ans de pouvoir absolu, Ben Ali n’est-il pas quelque peu émoussé ? Ses opposants embastillés ne le pensent pas qui, pour la plupart, lui prédisent une fin autodestructrice, comme Hitler sous les décombres de Berlin.

2. La silver bullet («balle en argent») miraculeuse

Autrement dit, l’assassinat dans le cadre d’un coup d’État, comme se fut le cas avec Ceausescu. Une hypothèse qui n’est évidemment pas à exclure, même si les précautions sécuritaires dont s’entoure Ben Ali sont, au sens propre du terme, extraordinaires – sans doute est-il parmi les chefs d’État au monde dont les visiteurs sont au préalable radiographiés, afin de vérifier s’ils n’ont pas ingéré une substance contaminatrice ou explosive, nul n’est à l’abri du geste suicidaire commis par le plus fiable des gardes du corps, voire par son proches.

Depuis1987 , soit dix-sept ans qu’il soit au pouvoir, depuis1954, qu’il s’occupe de la Sécurité Militaire, ayant le sens de la discrétion, et du renseignement avant d’accéder formellement au pouvoir, le contrôle exercé par Ben Ali sur l’ensemble de l’armée Tunisienne. Considère comme suspects, la plupart des officiers ont été écartés. Quant à la famille et aux proches collaborateurs, ils sont tous compromis dans les crimes du régime, les familles Trabelsi, Chiboub, Amar figures emblématiques de l’entourage, sont, par exemple, directement impliqués, sur ordre de Ben Ali, à écarter, les dirigeants du Parti du Destour, depuis novembre1987, à commencer par Hédi Baccouche, Habib Ammar, Kamel L’Taief.. Un «pacte de sang» semblable à celui qui unissait Hitler à ses proches.

3. Le «modèle» Ceausescu

C’est-à-dire une insurrection populaire débouchant sur la chute du dictateur, puis son exécution. Nul n’y songe sérieusement. D’autant que, pour Dick Cheney, Colin Powell et George Bush Sr., cette hypothèse évoque de fort mauvais souvenirs. En 1969, les Américains n’ont-ils pas encouragé Bahi Ladgham à utilisr la même méthode de destitution de Bourguiba, alors qu’il été en France à la suite d’une crise cardiaque Celui-ci a repoussé la proposition, Ben Ali n’a pas hésité à le faire, dès les cinquante premier jours, en 1987.

À l’évidence, l’appareil répressif Tunisien a largement les moyens d’étouffer dans l’œuf le moindre soupçon de mécontentement populaire – à condition bien sûr qu’il germe, le sentiment exact de la «rue Tunisienne» à l’ égard de ses dirigeants relevant du mystère.

4. Le faux départ de Ben Ali

Dans ce cas, le raïs céderait en douceur le pouvoir (ou son apparence) à l’un de ses proches voire à Hédi Jilani, ou Fouad M’Bazzaa ou même son cousin Hamed Karoui, vice-président du RCD, qui semble avoir été préparé pour cela. Les Américains estiment qu’il s’agit là d’un scénario inacceptable. D’ores et déjà, la CIA a dressé la liste d’une centaine de personnalités du régime, dont la totalité des membres de la famille de Ben Ali, les chefs des services de sécurité, les juges des cours révolutionnaires, plusieurs ministres et généraux, qui devront être traduits devant le Tribunal pénal international.

5. Le changement démocratique

Pour que cette hypothèse se réalise, il faudrait que les Français et les Américains concluent à l’innocence de Ben Ali et son dévouement total. Que la démocratie soit mise sur le terrain. Cela signifierait en quelque sorte que des élections soient organisés, les prisonniers politiques soient libérés et les exilés soient revenus au pays.

Mr Mohamed Charfi prend le pouvoir par la bénédiction des Américains. Pour Nejib Echabbi, ce scénario est inacceptable, reste Dr Mustapha Ben Jaafar, Mohamed Mouada, Dr Moncef Marzouki, Rached Ghannouchi ou même Salah Karkar qui se battent pour le fauteuil. Nous ne pouvons que leurs souhaiter bonne chance. Bon rêve à tous.

Jagouar

25 janvier 2003
Nous sommes tous des êtres humains ...

Baissez vos matraques...


Baissez vos matraques et voilà une fleur... je suis aussi tunisien..

A tous ceux qui tiennent une matraque à la main, à ceux qui gagnent leur vie à l'aide d'une matraque... ceux qui veulent me torturer, m'apprendre comment être patriote...sage et obéissant...

Frappant sur mon dos.. me casser les pieds... me faire fermer la bouche car je suis différent... oui je suis différent et je le reste... je suis né différent et je le reste... et ce pour cela que vous voulez me frapper... torturer et peut être tuer ?????

Mes frappeurs... Tortureurs baissez vos matraques et essayez une fois de m'écouter... ou donnez moi une fois la chance d'être ce que je suis... de m’exprimer... ouvrez vos oreilles, vos coeurs et vos âmes...

Pouvez me dire ce que j’ai causé ? Quel crime, j’ai commis ?

Etre différent est une richesse, à vous et moi et à notre tunisie…

Baissez vos matraques, je vous sers ma main, mon amitié et une fleur… une rose blanche...
Vous êtes mes frères, mes amis et peut être camarades de classe et surtout, concitoyens.

Je vous respecte, je vous aime et parfois je ne sais pas si je peux sentir quelque chose pour vous... au moment de ma torture...car je n'existe pas..

Zitouna

21-01-2003
Ensemble pour la Justice

Solidarité internationale avec les avocats tunisiens


4 messages de solidarité avec les avocats tunisiens transmis par Avocats sans Frontières Québec (Canada), Association américaine de juristes, Centre international de ressources juridiques et une pétitions singés par 24 juges membres de l'Association des juges retraités du Québec

Salutations.
Jamel Jani

justice


Centre international de ressources juridiques (CIRJ)
Montréal, 17 janvier 2003

M. le Bâtonnier, M. Bechir Essid
Ordre national des avocats de Tunisie
Avenue Bab Bnet
1006 Tunis
TUNISIE

Objet : appel international en faveur du respect des droits de la personne,de la justice et de l'État de droit en Tunisie

Monsieur le bâtonnier,

Le Centre international de ressources juridiques (CIRJ), organisation canadienne indépendante à but non lucratif qui veille à la protection des droits de la personne et à la promotion de la justice au Canada et à l'étranger, s'inquiète fortement des violations des droits de la personnes dont ont été victimes des membres du Barreau tunisien, ardents défenseurs des droits et libertés dans leur pays.

Le CIRJ salue le courage des dernières victimes de la police politique de Tunisie dont Maîtres Saïda Akremi Bhiri, Nourredine Bhiri, Samir Ben Amor, Samir Dilou, Mohamed Jmour, Anwar Oled Ali, Youssef Rezjai, M. Ayadi, le juge dissident et radié depuis un an, Mokhtar Yahyaoui, victime d'un attentat le 11 décembre 2002.

Le CIRJ appuie la création d'un Centre pour l'indépendance de la justice en Tunisie (CIJ) et d'une Association de soutien aux prisonniers politiques du pays (AISPP) qui renforceront les principes fondamentaux de l'indépendance de la justice et du respect des droits de la personne. Ces initiatives permettront également aux citoyens tunisiens de devenir des acteurs légitimes et indispensables dans l'établissement d'un État de droit en Tunisie.

Il est essentiel que les violations du droit international dont font l'objet nos confrères et consoeurs tunisiens continuent d'être portées à l'attention de la communauté juridique et de la communauté internationale et, à cet effet, vous pouvez compter sur notre soutien.

Le CIRJ s'associe donc aux actions du Barreau de Tunisie lors de la journée de solidarité du 19 janvier 2003, à l'occasion de l'Assemblée générale extraordinaire du Barreau tunisien.

Veuillez recevoir, M. le bâtonnier, l’expression de notre plus haute considération.

Me Catherine Duhamel
Directrice
Centre international de ressources juridiques
296, rue St-Paul Ouest, bur. 200
Montréal (Québec)
H2Y 2A3
Tél: (514)847-8878
Fax: (514)847-1121
Catherine.duhamel@cirj.org
www.cirj.org

c.c. : Son excellence monsieur Zine El Abidine Ben Ali, président de la République
Monsieur Mohamed Saad, ambassadeur de Tunisie au Canada
Monsieur Jacques Simard, ambassadeur du Canada en Tunisie
Monsieur Bill Graham, ministre des Affaires extérieures du Canada
Mme Anne McLellan, ministre de la justice du Canada
Madame Louis Beaudoin, ministre des Relations internationales du Québec
Monsieur Paul Bégin, ministre de la justice du Québec
Monsieur Michel Frenette, Directeur général, Amnistie Internationale
Monsieur Jamel Jani, Porte-parole, Association des droit de la personne au Maghreb
Me Nicole Filion, présidente de la Ligue des droits et Libertés
Me Daphne E. Dumont, c.r., présidente de l’Association du Barreau canadien


Association américaine de juristes (AAJ)
10, Ontario Ouest, Montréal, QC H2X 1Y6
Tel : (514) 289 9877 Fax : (514) 289 9612
Montréal, le 16 janvier 2003

M. le Bâtonnier de l’Ordre national des avocats de Tunisie,
Me. Béchir Essid
Avenue Beb Bnet
1006 Tunis
TUNISIE

Monsieur le bâtonnier,

L'Association américaine de juristes (AAJ) est une ONG avec statut consultatif auprès de l'ECOSOC de l'ONU. Nous avons des branches dans la plupart des pays des Amériques, composées d'avocats, de juges et autres juristes.

Nous sommes consternés par les faits rapportés de la Tunisie dans les dernières semaines concernant les violences faites aux juristes par des agents de l'état tunisien. La défense de la justice et des valeurs démocratiques doit passer par l'état de droit, donc les gouvernements doivent obligatoirement assurer l’indépendance et la libre capacité d'agir des avocats et des juges.

Les faits démontrent que le gouvernement tunisien a lancé cette vague de répression contre les juristes pour tenter d'empêcher la diffusion internationale d'informations sur l'injustice qui règne dans ce pays.

Nous nous engageons à soutenir votre lutte pour la démocratie, et si requis, de vous aider à disséminer ces informations. Nous condamnons énergiquement ces agressions et sommons le gouvernement tunisien de respecter les droits fondamentaux de ses citoyens.

Me. William Sloan
Président, branche canadienne de l'AAJ


Avocats sans Fontières - Québec
Québec, 16 janvier 2003

À tous les avocats et avocates du Barreau de Tunis,

En réaction aux récentes agressions dont de nombreux avocats tunisiens ont été victimes, Avocats sans Frontières-Québec qui regroupe des avocates et avocats militant pour le respect du droit fondamental à une défense pleine et entière et du droit à l’exercice en toute liberté de la profession d’avocat, tient à exprimer sa solidarité avec les membres du Barreau de Tunis engagés dans la lutte pour le maintien d’un État de droit et du respect des droits et libertés de l’homme.

Afin que cessent les arrestations arbitraires, menaces et actes de violence dont sont victimes les avocats tunisiens et leurs proches parce qu’ils osent encore défendre ces principes fondamentaux, nous dénonçons ces actes de représailles et affirmons sans réserve notre appui au Barreau de Tunis dans sa volonté de résister aux attaques lancées contre les droits et libertés publiques et individuelles.

Me Dominique-Anne Roy
Présidente et
Me Pierre Brun
Administrateur
ASF Québec


Pétition

Nous soussignés, membres de l’Association des juges retraités du Québec. Protestons vivement contre la vague de violence exercée à l’endroit des avocats et avocates tunisiens défenseurs des droits de la personne.

Nous déclarons notre pleine solidarité avec le Barreau tunisien dans son combat en faveur de la liberté à l’occasion de son assemblée générale extraordinaire prévue pour le 19 janvier 2003 à Tunis.

Montréal, Québec. Le 16 janvier 2003.

Les honorables juges : 24 juges ont signé la pétition.

Note : L’original de cette pétition avec les signatures est avec M. Gaston Labrèche, juge retraité cour du Québec. Une copie a été envoyer par fax au Bâtonnier Me Béchir Essid.



Courage, ô despotoir, ô Zine Ben Emi

Un peu de courage M. Ben Ali, démissionnez...


Dépêche de la TNA

Tel est le conseil que lui prodigue la correspondante à Tunis de"TUNeZINE", Ahlem Ettounsi, qui rappelle que les opposants au boycott touristique de la Tunisie ne sont pas pour autant des partisans du dictateur de Carthage. Dans une exhortation qui risque de n'avoir aucun effet tant il est vrai que son destinataire a prouvé qu'il demeurait sourd à toutes sortes de conseils. Dans le même sens, un des journalistes du site tunezine.com, signant sous le pseudo Hsouna, a instamment invité le président tunisien à "créer un précédent dans le monde arabe en plaçant l'intérêt de la Tunisie avant celui du régime".

Gare aux erreurs d'appréciation et aux contresens qui conduiraient à assimiler les déclarations d'hostilité au boycott du tourisme tunisien à une quelconque expression de solidarité avec le régime, écrit la correspondante à Tunis de TUNeZINE. Ceux qui dénoncent aujourd'hui le comportement irresponsable des opposants qui appellent au boycott des plages tunisiennes sont "tout aussi hostiles à la mobilisation par Ben ALi d’une myriade de police et de milices de répression massive. Ils veulent que Tunis coopère avec les ONG et organismes des droits de l’Homme des Nations unies, refusent que la Tunisie reste en l'état, privé de Constitution, de droit à l'opposition, de pluralisme, de démocratie, et de l'espoir de se dégager de l'étau de la dictature et de la répression". Gare aussi au simplisme qui réduirait la situation à un face- à-face entre "pro" et "anti", alors que les choses sont autrement plus complexes. "Le mouvement démocratique et les opposants au boycott du tourisme" ne doivent pas se contenter de protester contre les interventions musclées de la police politique; ils doivent aussi exiger du gouvernement tunisien qu'il passe aux actes, qu'il opère un changement qualitatif dans sa façon d'agir et de penser.

Pour Carthage, une telle transfiguration n'est pas chose facile, admet la journaliste. Dans le monde arabe, "rares sont les gouvernants à avoir compris que leur pays se porterait mieux sans leur poigne ; rares sont également les régimes qui se sont convaincus que le pluralisme et l'alternance au pouvoir ne sont pas des catastrophes. Rares sont enfin les dirigeants qui ont choisi d'abdiquer, plaçant l'intérêt du pays avant celui du régime."

LE TEMPS PRESSE

Si Ben Ali le fait, "il administrera la preuve qu'il agit pour la Tunisie et dans l'intérêt de la Tunisie. A lui de choisir la mise en scène. L'essentiel est qu'il adopte une décision historique" avant qu'il ne soit trop tard. Il est urgent que "le gouvernement tunisien" fasse preuve de "créativité et de courage", qu'il prenne des "initiatives étonnantes et à une vitesse vertigineuse, en assurant d'abord et avant tout un succès éclatant à la visite des juristes internationaux et des enquêteurs des ONG des droits de l’Homme à Tunis".

Cela suppose, écrit Ahlem Ettounsi, que Tunis comble les lacunes de sa déclaration sur les morts suspectes dans les prisons et les centres de détentions du Ministère de l’Intérieur, réponde aux éclaircissements réclamés par l'ONU et coopère activement avant le 20 mars 2003, date à laquelle un million de manifestants parcourront les artères principales de Tunis. Le temps presse, et "s'il est vrai que cette échéance ne déclenchera pas le compte à rebours de la chute de Ben Ali, elle n'en posera pas moins, en cas de manquement de Tunis, le premier jalon" de "révolution démocratique" tunisienne.

Libérer la Tunisie de la poigne d'un homme requiert aussi une "décision historique, la reconnaissance par le régime qu'il n'a d'autre choix que de participer au changement s'il ne veut pas être chassé par la force". Et Ahlem Ettounsi d'évoquer l'éventail des choix qui s'offrent au président tunisien pour mettre en scène ce revirement : en appeler à l'ONU pour l'aider à former un gouvernement qui représenterait tous les Tunisiens, organiser des élections libres, s'exiler, s'adresser solennellement à son peuple... "Le monde attend une telle surprise et ne veut pas l'exclure, souligne-t-elle. Sa disponibilité à accepter une solution « civilisée » de la crise tunisienne est immense, et le président tunisien peut encore enfourcher le cheval de l'opposition au boycott de la Tunisie, et mettre ce dernier en échec. (...) Les boucliers humains autour de la personne du dictateur pas plus que les multiples cordons de sécurité ne réussiront à protéger Ben Ali et son régime. Le seul vrai bouclier tient dans les décisions de la direction tunisienne. Il est grand temps de ne plus transformer la Tunisie en un champ de ruines."

Traduction en Tunisien d'un article du journal Le Monde
par Omar Khayyâm


22 janvier 2003
ô page, ô écritoire, ô ma presse ennemie ...

Que veut dire être journaliste aujourd'hui en Tunisie ?


Réponses d'une Tunisienne préferant rester anonyme...

Que veut dire être journaliste aujourd'hui en Tunisie ?
Au pire, un(e) journaliste tunisien(ne) est un(e) complice du pouvoir. Au mieux, il ou elle est une personne frustrée qui ne peut en aucun cas faire son métier de façon normale. Etre journaliste en Tunisie, à de très rares exceptions, signifie qu'on vit l'arbitraire le plus total. Tenez un exemple : En décembre 2002, un journaliste du magazine "indépendant" Réalités a été contraint à la démission à cause d'un article sur la situation dans les prisons tunisiennes. L'article a eu le malheur d'être publié au même moment où l'opposition faisait une campagne pour sensibiliser les gens à la situation catastrophiques des prisonniers d'opinion dans les prisons.
C'est vous dire l’arbitraire. Ce journaliste qui a été primé pour la meilleure enquête journalistique en 2002, par l'Association des Journalistes Tunisiens, risque fort de ne plus pouvoir travailler dans son pays. C'est d'autant plus paradoxal que le discours officiel est extrêmement libéral et qu'il demande aux journalistes "plus d'audace" !

TunisieMais quel genre d’écriture peut on espérer dans uns pays qui violente les principes fondamentaux de l’être humain ?
Votre question contient, en elle, une bonne partie de la réponse. En effet, quelle valeur peut-on donner à des articles écrits dans un climat politique oppresseur. Nous sommes tentés de répondre que ces articles n'ont aucune valeur. Mais, il convient de relativiser ce jugement. Malgré le manque de liberté, certains titres et certains journalistes essayent de temps en temps de contourner la censure et de glisser quelques informations intéressantes. Si ce phénomène est observé dans une certaine presse écrite qui tente, un temps soit peu, de faire son travail correctement, il n'en est rien pour la radio et télévision tunisienne qui offrent quotidiennement des leçons de langue de bois, tellement insultante pour des gens aussi éduqués et civilisées que les tunisiens.

Que représente le web pour vous ? et pour vos collègues tunisiens ?
C'est extraordinaire, ce que le web a pu nous apporter. Malgré la censure de nombreux sites (de l’opposition, de certaines journaux européens et des ONG internationales de défense des droits de l'Homme), nous arrivons à accéder à une autre information que nos médias traditionnels passent sous silence. Ainsi, grâce aux sites de l’opposition (notamment Tunisnews, Tunisie2000 et le forum TUNeZINE) nous avons pu assister, quasiment en direct aux événements du 13 décembre 2002 qui ont vu les forces de l'ordre violenter de nombreuses personnalités de la société civile tunisienne. C'était également le cas lors des procès politiques comme celui de Hamma Hammami par exemple.

Le web a tellement dérangé les autorités que ces dernière sont cru bon d’emprisonner, en juin 2002, le jeune Zouhair Yahyaoui, webmestre de www.tunezine.com et de la condamner à 2 ans de prison. Peine perdue puisque le site a triplé son audience depuis cet emprisonnement ! C'est vous dire à quel point le combat du pouvoir tunisien contre ces formes d'expression est d'arrière-garde.

Propos recueillis par Emarrakech
Le 2003/1/13
emarrakech.info
emarrakech@menara.ma

Une journaliste tunisienne

14 janvier 2003
Mieux se connaitre pour mieux se comprendre.

Mustapha Ben Jaafar, un intransigeant modéré


Très à cheval sur les principes, le secrétaire général du Forum démocratique pour le travail et la liberté n’en demeure pas moins un fervent partisan du dialogue. Portrait d’un opposant résolu et raisonnable.

Ridha Ben Kawwad Kéfi, correspondant à Tunis

Le 25 octobre, le docteur Mustapha Ben Jaafar, à qui on venait de remettre l’autorisation légalisant son parti, le Forum démocratique pour le travail et la liberté (FDTL), déclare à l’AFP : « J’espère que cette mesure de reconnaissance officielle sera le prélude à une véritable ouverture. » On ne pouvait être plus sobre. Au cours d’une conférence de presse donnée une semaine plus tard, il n’hésite pas à critiquer « le pluralisme taillé sur mesure » et « la mentalité du parti unique » qui persistent dans son pays. « La compétition politique et le pluralisme n’ont plus de sens dès lors que le parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), garde sa mainmise sur la vie politique et que nous continuons à voter avec pour résultat des scores de plus de 99 % », a-t-il dit notamment. Tout Ben Jaafar est là. À la fois intransigeant et modéré, inflexible sur les principes, mais ouvert au dialogue, cet homme de science (et de conscience) refuse de faire des concessions sur ce qu’il considère comme fondamental – ce qui lui vaut d’être taxé, parfois, de rigidité – et s’interdit, tout autant, toute forme de surenchère. Souriant et affable, mais toujours réservé, ce Tunisois reste une énigme même pour ses plus proches compagnons. S’il ressent beaucoup de gêne à parler de lui-même ou à étaler ses états d’âme sur la place publique, il sait se montrer, à l’occasion, ironique, malicieux, voire franchement caustique, sans pour autant en devenir blessant. Son sens de l’humour le préserve de l’orgueil, défaut majeur de la plupart des leaders de l’opposition tunisienne, qui n’aiment rien tant que prendre des postures d’oracle.

La politique, Mustapha Ben Jaafar est tombé dedans dès son plus jeune âge. Né en 1940 dans le quartier populaire de Bab Souika, à la lisière de la médina de Tunis, orphelin de père à 5 ans, il est initié à la cause nationaliste par ses cousins, tous militants du Néo-Destour. Malgré une enfance difficile, il a pu faire de brillantes études secondaires au collège Sadiki, entre 1950 et 1956. « Durant ces années de braise qui ont précédé l’indépendance, notre maison était régulièrement envahie par les forces de l’ordre, qui venaient arrêter tel ou tel membre de la famille », se souvient-il. C’est tout naturellement donc qu’il adhère, dès la fin des années cinquante, au Parti destourien. En France, où il fait sa médecine, Ben Jaafar milite au sein de l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget), pépinière de la vie politique tunisienne, jusqu’en 1968. Sa rupture avec le parti de Bourguiba, devenu entre-temps Parti socialiste destourien (PSD), s’opère en deux temps. Le limogeage, en 1969, d’Ahmed Ben Salah, artisan de la politique collectiviste, déclenche chez le jeune militant une véritable crise de confiance, et de conscience. « J’étais un socialiste convaincu, et cette orientation était unanimement soutenue au sein du PSD. En décidant de l’abandonner, la direction du parti s’est donc reniée et, au lieu de faire courageusement son autocritique, a utilisé Ben Salah comme bouc émissaire. Ce fut pour moi un moment de doute extrême. J’ai pris conscience que le véritable mal résidait dans le mode de fonctionnement non démocratique du parti, et que ce dernier devait être réformé », explique Ben Jaafar. Second choc : le congrès du PSD, organisé en 1970 à Monastir, devait constituer un tournant démocratique. Mais Bourguiba et ses proches collaborateurs font tout capoter. Plutôt qu’une ouverture politique, il y eut donc un retour rapide au centralisme, à l’autoritarisme et au culte de la personnalité. Ben Jaafar suit tous ces bouleversements depuis la France, où il était en train d’achever sa spécialité, la radiologie, à la Fondation Curie et à l’Institut Gustave-Roussy, à Paris. À son retour à Tunis, au cours des vacances d’été, il prend langue avec les dissidents du PSD, alors réunis autour d’Ahmed Mestiri, ancien ministre de l’Intérieur. Ses rapports avec ce groupe deviennent plus suivis après son retour définitif en Tunisie, en 1975. Il participe ainsi à la fondation de l’hebdomadaire Erraï (« l’opinion »), qui deviendra, avec son pendant d’_expression française Démocratie, la voix de l’opposition démocratique et libérale. Il participe également, en 1976, à la création du Conseil des libertés (CL), qui donnera naissance un an plus tard à la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). En 1978, il fait partie du noyau fondateur du Mouvement des démocrates socialistes (MDS). En 1981, il présente sa candidature aux premières élections législatives pluralistes sous les couleurs de ce parti. L’issue du scrutin ayant été défavorable au parti au pouvoir, ses résultats sont truqués. « Ce fut une occasion perdue non seulement pour la Tunisie, mais pour tout le Maghreb. Car, en falsifiant les résultats de ce scrutin, les autorités tunisiennes ont mis fin à tout espoir de changement par les urnes, poussant certains mouvements à se radicaliser.

La montée de l’intégrisme religieux dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix est la conséquence directe de ce rejet brutal de la règle démocratique dans un pays qui était pourtant l’un des mieux outillés pour réussir une transition démocratique sans problème », explique Ben Jaafar, non sans d’amertume. Parallèlement à son activité professionnelle – il était professeur à la faculté de médecine et de pharmacie de Tunis, chef du service de radiologie à l’hôpital Salah-Azaïez (1975-1980) et au CHU La Rabta, à Tunis (1981-1995) –, Ben Jaafar mène une intense activité syndicale. Il fonde ainsi, en 1977, le Syndicat des médecins hospitalo-universitaires (SMHU). Ce ne fut pas une partie de plaisir, car ses collègues médecins ne se voyaient pas siéger dans une même centrale syndicale aux côtés de simples auxiliaires médicaux. Un an plus tard, lors de la crise ayant opposé le gouvernement à la centrale syndicale, le SMHU est à l’avant-garde du combat pour la libération de feu Habib Achour et de ses compagnons du bureau exécutif de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). À l’époque, le corps médical tunisien comptait dans ses rangs des personnalités politiques de premier plan, telles que Saadeddine Zmerli, Hamouda Ben Slama, Héla Abdeljaoued, Hamadi Farhat et Moncef Marzouki.

En 1991, le MDS est confronté à sa première grande crise. Mohamed Moada, qui a succédé à Ahmed Mestiri, négocie, à l’insu de ses camarades, « un virage à 180 degrés ». Après avoir longtemps critiqué « la démocratie au compte-gouttes » pratiquée par le président Ben Ali, qui a succédé lui-même à Bourguiba en 1987, le nouveau secrétaire général du MDS commence à louer les mérites de la « démocratie tranquille » préconisée par le chef de l’État. Ben Jaafar et d’autres membres du bureau politique marquent leur désapprobation. Ils sont exclus du parti à l’issue d’un congrès organisé à Sfax, en 1992, et auquel ils sont empêchés d’assister. Durant sa traversée du désert, qui a duré près de dix ans, Ben Jaafar prend part à tous les combats pour les libertés, au sein de la LTDH notamment, dont il a été vice-président entre 1986 et 1994. Il fonde le FDTL en 1994 et participe, en 1998, à la création du Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT, non reconnu). Marié à une Française agrégée de géographie, qui fut successivement enseignante à l’École normale supérieure (ENS) et chercheur au Ceres, Ben Jaafar est père de trois garçons et d’une fille qui ont fait des études de gestion, d’économie et d’ingénierie en télécom. À la retraite depuis deux ans, il se consacre à l’action politique. Comment définit-il le FDTL ? « C’est un parti travailliste moderne à vocation social-démocrate.

Notre idée maîtresse est la suivante : le développement passe par la réhabilitation des forces de production et leur participation effective à la gestion de l’entreprise. Il passe aussi par la création des conditions qui encouragent l’investissement privé, à savoir la bonne gouvernance, l’indépendance de la justice et la mise en place de mécanismes de lutte contre la corruption. »

Certains reprochent au FDTL de ne pas avoir un programme spécifique. Réponse de Ben Jaafar : « Je n’ai jamais dit que nous n’avions pas de programme. J’ai dit que nous n’avions pas de baguette magique pour résoudre tous les problèmes du pays.

Cela dit, nous sommes prêts à mettre nos idées en débat dès lors que les institutions seront représentatives et indépendantes et que les espaces de la société civile seront libérés. »

L’Intelligent N° 2192

du 12 au 18 janvier 2003
La muraille de Zine ...

السجن هو حرمان من الحرية وليس حرمانا من الكرامة


المجلس الوطني للحريات بتونس

يسجل المجلس الوطني للحريات بتونس إيجابيا ما آذن به رئيس الدولة أخيرا من فتح تحقيق حول الأوضاع اللاإنسانية داخل السجون التونسية والمنافية لجميع القوانين التونسية والقواعد الدنيا لمعاملة المساجين الصادرة عن الأمم المتحدة. وهاته الأوضاع ما فتئت تشغل أهم مكونات المجتمع المدني بما في ذلك المجلس الذي نبه الىخطورة هذه الأوضاع في تقريره المتعلق بالسجون - الصادر سنة 1999- وفي تقاريره السنوية المتتالية.

ويذكر المجلس بأن السلطة كانت قد استجابت عام 2001 ما كان طالب به في التقرير المذكور (مثنيا بذلك موقف أطراف عديدة بالمجتمع المدني) من إلحاق السجون بوزارة العدل واحداث خطة قاضي تنفيذ العقوبات. و بالرغم تراجع الإستعمال المنهجي للتعذيب داخل السجون فلقد كانت أهم هذه الإجراءات شكلية لم تغير جوهريا من واقع الحياة السجنية المأسوية. فالسجون ماتزال تحت السلطة الخفية للبوليس. وقاضي تنفيذ العقوبات وجوده صوري بحت والسجناء مازالوا على حالهم من معاناة الإكتظاظ والتعرض الى التعذيب والحرمان من أبسط متطلبات الحياة الإنسانية المعقولة مما أدى الى وفاة البعض منهم وإصابة البعض الآخر بأمراض مستعصية و مزمنة إضافة الى تفشي الأمراض المعدية بينهم (مرض الجرب خاصة).

و قد بلغ المجلس مؤخرا تسجيل حالة وفاة السجين خالد التسوري (47 سنة) وقد وقع دفنه في مقبرة الجلاز يوم 4 ديسمبر 2002. كما بلغه وقوع اعتداء بالعنف الشديد من طرف مدير سجن 9 أفريل بتونس العقيد حلمي وعونيه البشير والأسعد، على سجين الرأي عبد اللطيف بوحجيلة الذي يقبع بالسجن الإنفرادي والذي وقع تجريده منذ يوم 10 نوفمبر 2002 من فراشه وغطائه في هذه الفترة من السنة التي يشتد فيها البرد علما بأن هذا السجين مريض وقد أجريت عليه في ماي الماضي عملية جراحية لاستئصال ورم بكليته.

إنالمجلس ليعبر عن خشيتهمن ألآ يثمر التحقيق الأخير الذي آذن به رئيس الدولة إلآ تقارير تبرىء ساحة السلطة وتلمع صورتها في الداخل والخارج، كما يذكر بأن سن القوانين والإذن بالمبادرات التي يتفنن الإعلام في تضخيمها وتمجيد المبادرين بها لا يمكن أن يكون له أي قيمة ما لم يطبق على أرض الواقع بإجراءات عملية ملموسة. وما يضاعف حيرتنا وانشغالنا هو ما ورد على لسان وزير العدل وحقوق الإنسان في ندوته الصحفية التي عقدها يوم 17 ديسمبر 2002 وحيث قدم إجابات قطعية ومسبقة في موضوع التحقيق الذي من المفروض أن تقوم به لجنة التحقيق وبذلك جعل عملها المقبل بدون جدوى ونهاية تحقيقها معروفة قبل بدايته . فقد نفي الوزيروجود جميع المشاكل القائمة داخل السجون (إكتظاظ، أوضاع صحية متردية، سوء معاملة، الحق في العمل،و الحق في الزيارة دون حواجز للأطفال...إلخ)

إن المجلس يؤكد من جديد على أن السجن هو حرمان من الحرية وليس حرمانا من الكرامة. وأنه على الإدارة أن تؤمن ظروفا سجنية تحفض كرامة السجين وسلامته الجسدية والنفسية. كما يعتبر أنه لا يجوز أن يكون السجن الحل الوحيد والإجابة الدائمة للمشاكل الإجتماعية والإقتصادية والسياسية للمجتمع . ويدعو إلى إدخال الإصلاحات الضرورية التي تؤمن للسجناء كافة، قضاء عقوبتهم في ظروف تتوافق مع المعايير الدنيا لمعاملة السجناءو حفظ حقوقهم.

ويكرر المجلس تشبثه بمطلب سن قانون العفو التشريعي العام الذي كان وسيظل المدخل الأساسي للإنفراج الحقيقي الذي باتت تونس في أمس الحاجة إليه.

الناطقة باسم المجلس
سهام بن سدرين


25 janvier 2003
Le droit à l'envers ...

Report de l'Assemblée générale extra-ordinaire du Barreau tunisien


Par un temps de pluie battante sur Tunis, Près de 800 avocats ont fait le déplacement hier dimanche 19 janvier 2003. Ce nombre important était tout de même inférieur au quorum réglementaire fixé à 1200. L'Assemblée a donc été reportée conformément aux dispositions des statuts et du réglement interne du Barreau, apprend-on de sources proches du Barreau ce matin.

Cette Assemblée générale extra-ordinaire a été convoquée par le Conseil national de l'Ordre des Avocats de Tunisie. Elle avait pour thème de débattre des revendications de la profession ainsi que de la situation précaire de la sécurité des Avocats. Elle intervient dans un contexte de récrudescence des actes de violence et de vandalisme perpetrées par des agents de l'ordre à l'encontre des avocats et de leurs cabinets et dossiers, à Tunis et dans d'autres villes du pays.

Le summum fut le vendredi noir, 13 du mois de décembre 2002, où les tanton-macout du régime furent régner un climat de terreur devant les cabinets de Mes Bhiri, Akremi, Nouri et Hosni, avant de kidnapper Mes Akremi, Ben Amor et Dilou, ainsi que le juge rebelle le président Yahyaoui. Plusieurs avocats, dont des membres élus du Barreau ont été tabassé alors qu'ils tentaient d'exercer leur rôle et de s'assurer que leur collègue arivent à exercer leur noble métier sans entrave. Le Conseil National de l'Ordre a déposé une plainte nominative pour coups et blessures, séquestration, abus d'autorité, atteinte à magistrat au moment de l'exercice de ses fonctions, violation du cabinet d'avocat par effraction,... contre les auteurs de ces agissements. Le parquet n'a pas donné suite à cette affaire.

Quant au Ministre de la justice, Béchir Tekkari-Chebab, lui même inscrit au Barreau au titre de non exercice, il est allé jusqu'à doubler le Conseil National de l'Ordre en négociant avec les structures régionales et en refusant de rencontrer le Bâtonnier Essid, en le dénigrant et en multipliant les tentatives de sa marginalisation. Il a même eu la bassesse de déclarer, dans une conférence de presse, que "l'Avocat n'est protégé par la loi qu'au moment même de l'accomplissemnt de ses fonctions et que pour le reste il partage le sort du commun des mortels", drôle de rôle que de défendre l'indéfendable.

Dans le même temps, le président actuel de la République multiplie la lecture des discours et déclarations en faveur de la réforme de la profession d'Avocat et de la prise en compte de leurs revendications. "Quand il parle de dialogue, de démocratie, des droits de l'Homme, comprenez l'inverse, dit Moncef Marzouki un grand connaisseur des méthodes du gouverneur tunisin.

Une stragtégie bien tunisienne de "El Hadhek wa issfih" (partage de rôle entre le bon et le méchant) semble être mise en place par le régime du générale Z E A Ben Ali pour casser le Barreau tunisien, devenu le symbôle de toutes les luttes pour la libération des prisonniers politiques, l'indépendance de la justice et l'instauration de l'Etat de droit.

En témoigne, l'implication de plus en plus imoprtante des avocats dans la défense des libertés fondamentales et des droits de la personne, ainsi que le fleurissement des structures associatives et des initiatives et compagnes citoyennes implicant des Avocats et des Avoacts. Et c'est à leur honneur qu'ils continuent, à corps défendant, à mettre en échec les desseins de l'Etat policier du général Z E A Ben Ali et de son ministre de l'Injustice et de l'attteinte aux Droits de l'Homme, le minable Tekkari-Chebab.

Les agressions et les intimidations continuent contre Mes Ayadi, Nasraoui, Nouri, Akremi, Ben Amor, Dilou, Hosni, Ouled-Ali, Ben Youssef, Belhadj-Hmida, Rezgui, Abbou, Rostom, Abid, Gouider, Krichi, Jegham, Jmour et des centaines d'autres qui donnent de leur vie pour une profession libre et digne de sa fonction d'éclairer la justice.

En attendant la tenue de cette Assemblée générale extra-ordinaire dans 15 jours, le Barreau tunisien se prépare à un autre type de harcélement judiciaire dans le procès du 25 février 2003. Celui qui l'oppose à certains de ses adhérents, "membres actifs" de la cellule professionnelle "Avocats" du parti au pouvoir, le RCD, corps de milices et bras politique du régime des généraux en Tunisie.

Le Barreau tunisien a pu profiter dans ce bras de fer du soutien de la société civile tunisienne dans son ensemble, des partis de l'opposition ainsi que d'une grande compagne de mobilisation internationale.

L'avocat tunisien qui était hier l'avocat de tout un peuple contre l'oppression coloniale, puis pour l'édification de l'Etat indépendant et souverain, ne fait que poursuivre son combat presque centenaire dans la défense des damnés, des humiliés et des opprimés. Il prend une autre dimension de lutte contre l'impunité des tortionnaires, des bandits et des criminels qui osent s'attaquer à ce qe la Tunisie a de beau à montrer au monde: Ses Avocats. Et cette culture millénaire de terre qui aime la justice et les juristes et qui se donne les moyens de les former.

La bande au pouvoir n'aime guère les avocats parcequ'ils véhiculent une autre culture différente de la sienne. "Ester en justice" est une chose étrange pour des petits esprits qui ne connaissent que trainer dans la rue, tabasser, magouiller, abuser des biens publiques et privés, raqueter... Un autre dictionnaire que la justice tunisienne démentélera et fermera à jamais. Il n'a pas lieu d'être dans le pays de Al-Imam Sohnoun, des Ben Achour, Bayram, Jaaït, Bouhajeb, Ben Miled, Chaqroun et les milliers de juristes, de juris-consultes, d'Hommes et de Femmes de la loi qui ont peuplé et qui continuet à peupler cette terre depuis la nuit des temps.

L'antagonisme est grand entre cette Tunisie et les clans qui pillent ses richesse et asservissent son peuple. Les yeux fermées, les tunisiennes et les tunisiens, toutes régions confondus, dialctes, professions, sexes, obédiances et appartenances, doivent se lever, comme un seul Homme, pour défendre leurs Avocats, éclaireurs et piliers de la justice. "La justice est le fondement de la civilasition" disait le grand observateur tunisien des sociétés en mouvement, le célèbre Ibn Khaldoun.

Abdel Wahab HANI
Membre fondateur du Congrès Pour la République


Compiègne, le 20 décembre 2003
Des voix s'élèvent ...

Lettres aux autorités tunisiennes


Michel DREYFUS-SCHMIDT
SÉNATEUR DU TERRITOIRE DE BELFORT
Vice-président honoraire du Sénat


Paris, le mardi 21 janvier 2003


A l'attention de monsieur le Président Zine al-Abedine Ben Ali
aux bons soins du Conseiller de la Présidence pour les droits de l'homme, monsieur Rafik Bel Haj Kacem
Palais de Carthage
TUNIS,TUNISIE

N/Réf. : tmf/002211
Monsieur le Président,

Je reviens vers vous pour exprimer ma vive inquiétude concernant l'état de santé de monsieur Zouhair Yahyaoui. Le 10 juillet 2002, monsieur Zouhair Yahyaoui, fondateur du site TUNeZINE et neveu du juge révoqué Mokhtar Yahyaoui, a été condamné, par la cour d'appel de Tunis, à deux ans de prison pour "propagation de fausses nouvelles". Il s'est plaint d'interrogatoires violents et de séances dites de "suspension". Depuis son incarcération à la prison de Borj el Amri, où il partage des conditions de détention difficiles, monsieur Yahyaoui a développé un abcès dentaire aigu couplé à de violents maux de tête. Ne sachant comment concilier les autorités pénitentiaires, il a entamé une grève de la faim le 10 janvier dernier.

Je vous avais alerté à propos de madame Bensédrine et de monsieur Hammami. Leur sort s'est heureusement dénoué. Et j'espère ardemment qu'il en sera de même pour monsieur Yahyaoui. Son oncle le juge Mokhtar Yahyaoui avait, avant sa révocation, souligné l'impérieuse nécessité d'une pleine application des libertés constitutionnelles.

C'est ce même souci qui nous amène à vous écrire aujourd'hui.

De nombreuses voix se lèvent - personnalités internationales, ONG - pour s'inquiéter de la bonne marche du système judiciaire et carcéral tunisien. Ce qui ne manquera pas d'altérer durablement l'image d'une Tunisie à l'heure où, pourtant, elle a un rôle majeur à jouer sur la scène diplomatique internationale.

Nous voulons croire en une Tunisie démocratique, garante des libertés individuelles, forte d'une justice sereine et équitable.

Nous voulons croire que monsieur Zouhair Yahyaoui bénéficiera des soins médicaux dont il a urgemment besoin, et qu'il sortira au plus vite de prison.

Veuillez croire, monsieur le Président, en l’expression de ma haute considération.

Michel DREYFUS-SCHMIDT

Copie adressée à Monsieur Bechir Tekkari, Ministre de la Justice

----------------------------------------

lettre


A l'attention de monsieur le Président Zine al-Abedine Ben Ali
aux bons soins du Conseiller de la Présidence pour les droits de l'homme, monsieur Rafik Bel Haj Kacem
Palais de Carthage
TUNIS,TUNISIE

Paris, le mercredi 22 janvier 2003

Monsieur le Président,

Je m'étais permis de vous écrire il y a peu pour vous dire combien le sort de Sihem Bensédrine ou celui de Mr Hammami m'inquiétait. Et puis l'un comme l'autre ont pu quitter la prison après un parcours judiciaire tortueux. C'est la situation du jeune Zouhair Yahyaoui qui me fait reprendre la plume. Il a été condamné le 10 juillet 2002, à deux ans de prison par la cour d'appel de Tunis, pour s'être exprimé librement. Sa situation carcérale semble devenue infernale. Malade, souffrant, il a même entamé une grève de la faim pour attirer à lui l'intérêt de ses geôliers.

L'accumulation de ces affaires ternie l'image que la communauté internationale se fait de votre beau pays. Alors que les décisions de justice qui s'abattent sur ceux qui n'apprécient pas le régime en place sont censées protéger l'unité nationale, c'est tout l'inverse qui se produit.

Combien aurait été simple la libération rapide de Mme Bensédrine ou de Mr Hammami. Seulement il aura fallu attendre une mobilisation internationale extrême et dommageable à la Tunisie pour que les choses avancent. Tout cela aurait pu être évité.

Aujourd'hui encore la communauté internationale s'émeut du sort de Zouhair Yahyaoui. Monsieur le Président, je vous le demande encore une fois, humblement, exprimez votre clémence, montrez à votre peuple que le prince éclairé est celui qui pardonne.

Monsieur le président vous avez le pouvoir, la force. Qu'avez vous besoin de la répression pour faire taire des individus qui ne peuvent pas vous nuire ?

Exprimez votre puissance. Déliez Zouhair de ses chaînes. N'en faites pas une victime ou un martyr et réveillez cette Tunisie douce et épicée que me chantait mon grand père Pierre Mendès France.

Veuillez croire, monsieur le Président, en l’expression de ma haute considération.

Tristan Mendès France
http://www.mendes-france.net



21 et 22 janvier 2003
Ecrire, écrire encore ...

لوحة عربية


لو كنت فنانا أرسم لوحة من واقعنا اليوم لما بحثت عن الجمالية و الصفاء و لترددت كثيرا في انتقاء ألوانها و لاحترت في رسم خطوطها و لما أدركت محورا أجمع شتات أفكاري عليه.

إن الكتابة أقسى من الرسم إلا أن تعكس اضطرابا مشوشا مشوها منقوصا كما هو حالنا اليوم في وصفة لن تزيد عليه إلا إبهاما و استعجاما و لن تعني سوى أننا في بؤرة الوهن و الإحباط.

نحن نبحث عن حدود الواقع لتحديد مربعاته أو دوائره، مثلثاته أو معيناته كلوحة الفسيفساء التي تعكسها خريطة التجزئة و الخلاف و القحط و التخلف و الإبهام في تفاوتها و تناقضها، في تضافرها و تنافرها في حدنها و وجومها، في نتوئها و انكسارها، في سهولها و وعارها.

صحراء صخرية متوحشة جدباء تعربد فيها الضواري كمحميات لصيد الأمراء يترصدها الغرباء. تتخللها مواطن مبثوثة تعح بالحياة غريبة في الخلاء منفصلة عن سلم الزمان لا تكاد تدرك أسراب مخادع أم أسس و بناء. زهرة غريبة في الصحراء إلى حين قبل أن تمر عليها السنين بذرة كامنة في الرمال الجافة المحرقة على أمل الطل و المطر لا تتعدى مشروع نبتة زائلة إلى قحط جديد مهما تشبثت عروقها بالأرض و قست أشواكها من لفح السموم فستكمل الريح ما تم و انقضى من مصيرها المحتوم.

عبثا نتحدى أملا في الحياة إن كان واقعنا منقوصا من مقوماتها فهل ندق طبول الرحيل؟

و لكننا ندرك أن لا أحد يدرك الفناء إنما الفناء يدركه فكيف بمن تاه في ضلاله و جاء إليه. ما حل بأسلافنا حتى يحطوا بنا في هذه الأرض و لماذا نتمسك بها رغم الضمأ و الضوى رغم الجور و الضجر ...

نحن شعوب محاصرة منبوذة يراد لها أن يدمر فيها أعز ما فيها : الكبرياء نحن شعوب مقموعة تكابد القهر صباحا مساءا و قهر ذوي القربى أشد مرارة من كل استعمار و دمار. نحن شعوب مظلومة تسام على خلاف ما جاءت به شرائع الأرض و السماء. شعوب مأزومة.. محرومة..مهزومة... نعاج تسلخ على مذابح الأمراء و مصدر الإرهاب و البلاء في أعين الغرباء.

فلماذا نقاوم و أي مشروع نحمل و أي إرادة غريبة تزودنا بهذا بهذا الصبر الهائل و العناد و الإصرار على تحمل كل التحديات ؟ و من أين تنبع الحرية التي تغذينا رغم انسحاقنا و قلة ما بأيدينا ؟

المختار اليحياوي

14 janvier 2003
Champ de blessures

Tu survivras


J’ai eu la chance de faire le tour de la Tunisie deux fois. Je connais mon pays du Nord au Sud, village par village. Je connais la Tunisie en plein Sahara. J’ai même parlé avec quelques Touaregs. J’ai marché à pieds dans tout le Nord... je marche encore et encore, non-stop. Un jour on se verra.

Deux villages restent dans ma mémoire à jamais, c’est Tamazret (Sud-Ouest) et Amdoun (Nord-Est).

{Tamazret le 4/juin/2000:}

Impossible à imaginer ou d'en rêver. Je suis entré depuis le Nord, descendant la montagne, l’image en face est magique, le sol est déchiré de tous côtés, à gauche et à droite, ces déchirures sont tellement profondes qu'il est impossible qu'elles soient faites par un être humain. Les profondeurs varient entre 15 et 50 mètres, les largeurs varient entre 5 et 10m. Ces blessures ne sont pas des vieilles rivières comme vous pensez, non, ce sont des fissures naturelles, neutralisés en blessures profondes. Ce village est blessé, ses blessures sont si fortes et solides, qu’on peut creuser une maison de quatre pièces là-dedans, vous pouvez choisir la rive gauche ou la rive droite de la blessure. Non, non, pas la rive, mais plutôt la lèvre de la blessure aussi orange que nos oranges, cette couleur me rappelle les gifles de mon père à l’adolescence.

Oui, dans ce village les gens creusent leurs maisons dans le sable dur, ils n'ont besoin ni de ciment, ni des pierres, ni d’État, ni de pantalons, ni de république de Kacem, ni de rien. La rue principale de ce village est la blessure elle-même. Vivre dans une blessure donne le courage d’aller plus loin chercher dans le Sahara, en pleine tempête de sable, les quelques gouttes d’eau: mais libres et dignes sont ces gens-là, qui vivent dans leurs blessures. Les filles de ce village sont tellement belles et blondes que je me croyais au paradis. Les noms sont si joliment choisis que vous avez avoir envie de manger, je connais Mechmeche (Abricot), Tifehe (Pomme), Khoukha (Pêche)... Ces noms décrivent le physique de ces filles... imaginez alors comment sont­elles... les mouvements de leurs lèvres me tranquillisent à ma place à vie. Jamais je n’ai eu peur de tels yeux dans ma vie comme celles de Elouza (Amande). Ces filles-là ne peuvent être que des anges tunisiens... Vivantes dans leurs blessures, des prisonnières. Ces lèvres ne sont autre que les rives de ces blessures profondes, comment peut-on emprisonnier des femmes de cette façon, vraiment inhumain. Cette ville en sous-sol est tellement triste, que les oiseaux ne peuvent plus la survoler, le moindre oiseau osant le faire sera abattu par les regards des chiens de garde, tous debout en haut des blessures. La ville n’a pas des frontières, ni à l’Est, ni à l’Ouest, les fins des blessures profondes, dont la longueur varie entre 100 et 150 m, sont si pointues qu'elles deviennent des aiguilles naturelles. Là, on ne peut plus creuser pour faire une vie. Là c’est la mort... Beaucoup ont creusé leurs nids proches des ces aiguilles. À 1m de profondeur j’ai vu un grillage gris couvrant toutes les blessures, je n’ai rien compris, mais pourquoi ce grillage et tout ce fer, même les Spartacus ne peuvent pas s’échapper à une telle profondeur lisse comme miroir. Ce grillage ne peut être que le pansement portant les médicaments nécessaires pour ces blessures. Avidement à chaque blessure, on prépare un grillage aiguillé. L’image n’est plus dynamique et n’a plus de sens, sauf la mort. Cette Mort blanche, fragile et sans mémoire, qui ne peut pas être conçue par des être humains. Je disais peut-être que les habitants de cette ville sont des lions sauvages et des zèbres... (je ne peux plus écrire... merde)

J’ai marché dans les blessures de mon pays des kilomètres et des kilomètres, et chaque pas me fait mal, trop mal au ventre. Une réalité imaginable, ces blessures sont tellement nombreuses que je disais "bientôt la fin".

Si ces blessures s’étendent vers l’Est, vers la mer, toute la Tunisie sera infectée comme moi. Je ne dors plus, je ne mange plus, je ne chante plus et je ne danse plus. J’ai voulu mourir dans une blessure ou un passage entre mes blessures et j’ai même demandé à mon dieu qu’il me donne la chance de vivre une seule journée dans la démocratie hors de ces blessures.

Je n’ai pas eu de réponse... la montagne n’a rien dit, les arbres non pas parlé, donc j’ai encore de la chance et je me survivrai.

Je n’ai plus la force de vous décrire, de quoi ces gens vivent et pourquoi ils creusent leurs maisons jour et nuit dans ces blessures. Ces maisons ne sont que leurs tombes, sur les portes j’ai vu des écritures, des poèmes, des romans, des verdicts et du Coran. J’ai vu même des tableaux de peinture et des équations de la relativité. Sur ce mur il y a le portrait du creuseur lui-même. Il s'est imaginé lui-même mort-vivant. La création est une nature de l’être humain, mais celle des habitants de la ville de Tamazret est autre... des médecins, des ingénieurs, des poètes et des écrivains. Sommes-nous tous morts... ? oui nous sommes morts-vivants.

J’ai voulu traverser un passage entre deux blessures, le loup m’a demandé un visa, le passage je peux le comparer à celui du tunnel de la mort de Faroun. Mon visa était de commencer à creuser les premiers trous de ma tombe. J’ai demandé alors un outil en fer, j’ai vu les autres creusé avec leurs ongles.

J’ai demandé à dieu des ailes pour survoler ces grillages et me transformer en une abeille, rien d’impossible, ils me disaient, leurs doigts sont devenus en fer pur et dur. J’ai commencé a creuser les premières lettres de mon amendement je disais :

Je me survivrai.

La nuit, le loup se déplace tranquillement sur le sol (au dessus de nos têtes), je suis (dans) la ville, en bas dans le sous-ville normal que vous connaissez tous, ma peur a doublé, mon cœur ne bat plus, mes yeux fixes sur ses yeux, un loup, non un commissaire. J’ai entendu le loup parler au vieux chien : même blessé dans des blessures, il demande la vie... ils écrivaient sur leurs tombes (je me survivrai)... quoi, donc nous ne faisons pas la loi, nous faisons la vie et la mort, nous faisons les jours et les nuits, nous ne faisons qu'élargir ces blessures. Courage Zou... tu survivras...

Kacem

19 janvier 2003
Progression inexorable vers la république de demain

Message de félicitations à la femme du pape


rireFELICITATIONS TATA ALYA !

Toute l’équipe de TUNeZINE, du gardien de nuit Ezzeddine Bou Ali au PDG ettounsi, souhaite à Mme Alya Abdallah, récemment nommée PDG de l'Union internationale de banques (UIB), le plein succès, surtout financier, dans ses nouvelles fonctions.

Rappelons aux lecteurs TUNeZINE que, par pure et simple coïncidence, Mme Alya n’est personne d’autre que l’épouse de l’éminence grisâtre de Carthage, le "petit cerveau de Zaba", le pape de la censure, le mouchard du 6 novembre 1987 (ah! Si Bourguiba savait que son lecteur assidu était un indic!), le fameux AbAb.

Omar Khayyâm

25 janvier 2003
Fond sonore : I will survive